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ricardo gonzalez Journaliste indépendant, Ricardo González Alfonso a été condamné à 20 ans de prison en mars 2003 pour avoir dirigé la publication de « De Cuba », la première revue indépendante à paraître depuis la Révolution cubaine de 1959.
1990 jours se sont écoulés depuis le 18/03/2003, jour de l'arrestation de Ricardo Gonzalez à La Havane
La dernière victime de Fidel Castro : lui même


Vladimiro Roca, DE LA HAVANE

Un an après la vague de répression qui s'est abattue sur l'opposition pacifique à Cuba, cette matinée du 18 mars 2003 me revient à l'esprit. Je participais à une réunion de leaders dissidents : nous évoquions le ton hostile de la dernière Mesa Redonda [table ronde], un talk-show politique qu'utilise le gouvernement pour communiquer son point de vue à la population. "C'est étonnant qu'après la Mesa Redonda d'hier nous puissions encore nous rencontrer aujourd'hui", a déclaré l'un de nos militants. Nous étions bien loin d'imaginer ce que ce commentaire avait de prophétique - quelques heures plus tard, les arrestations commençaient dans tout le pays. Plus de 75 militants se sont retrouvés derrière les barreaux, où ils purgent des peines allant jusqu'à vingt-huit ans de prison. J'ai été épargné, peut-être parce que j'avais été libéré moins de un an auparavant.
Les autorités, estimant sans doute que l'invasion de l'Irak par les Américains détournerait l'attention internationale, avaient décidé de briser un mouvement d'opposition en plein essor. Mais Fidel Castro s'est trompé.

Une conséquence importante : la dégradation des relations avec l'UE

Les médias internationaux se sont empressés de couvrir la vague de répression. Les relations avec l'Union européenne se sont dégradées. Et de nombreux intellectuels et organisations politiques qui avaient sympathisé avec le régime - en particulier les Prix Nobel José Saramago et Dario Fo, le réalisateur Pedro Almodóvar, l'Internationale socialiste et le Parti démocratique de gauche (PDS) italien [ex-communiste] - se sont associés à cette condamnation. Des ambassades européennes à La Havane ont commencé à accueillir des dissidents cubains.
Certains partisans de Castro ont estimé que cette condamnation mondiale était un mal nécessaire. Bon nombre d'entre eux considèrent que la répression s'imposait, non seulement pour réagir au Projet Varela [pétition appelant à un référendum ayant déjà recueilli plus de 10 000 signatures], mais aussi pour mettre en garde certains hauts responsables politiques qui envisageaient, semble-t-il, d'entamer un dialogue avec l'opposition. De nombreux Cubains ont le sentiment que la répression s'est abattue aveuglément afin de prouver une fois de plus que le régime ne reculerait devant rien pour se maintenir.

Un régime dévoré par la haine

Je crois, pour ma part, qu'il y a du vrai dans ces interprétations, mais j'ajouterai que ce gouvernement est dévoré par la haine et l'irrationalité, ce qui l'amène souvent à prendre des mesures sans se soucier des conséquences. Quoi qu'il en soit, le régime a fait jeter en prison 75 hommes et femmes courageux, dont beaucoup sont âgés ou en mauvaise santé.
Par ailleurs, force est de reconnaître l'ampleur de la mobilisation internationale. Celle-ci s'est manifestée aussi par l'attribution de plusieurs prix internationaux à des dissidents emprisonnés, tel le poète et journaliste Raúl Rivero, qui a reçu le Prix mondial de la liberté de la presse décerné par l'UNESCO. Sur l'île, l'opposition a poursuivi son action (avec une plus grande discrétion, il est vrai) et a commencé à se regrouper. Le Projet Varela a recueilli 14 000 signatures supplémentaires. Fait encourageant, bon nombre des nouveaux signataires ont entre 20 et 40 ans, ce qui est fondamental pour un mouvement dirigé essentiellement par des gens qui ont vécu la révolution cubaine dès ses débuts.
D'une façon générale, je dirais que la répression est un échec pour le gouvernement. Le régime n'est pas parvenu à mater l'opposition. Malgré sa tentative d'exploiter l'impopularité mondiale des Etats-Unis, il a perdu de nombreux appuis dans les pays démocratiques.
A l'occasion du premier anniversaire des arrestations, je voudrais faire passer un message à ceux qui sont derrière les barreaux : nous n'abandonnerons pas la lutte pour le changement démocratique dans notre pays ; malgré la répression du régime, nous poursuivrons notre campagne en vue de la libération de nos prisonniers politiques


Vladimiro Roca Antúnez

Vladimiro Roca Antúnez, 59 ans, est l'un des dissidents cubains les plus connus : il est le fils de Blas Roca, un des fondateurs du parti communiste cubain. Arrêté le 16 juillet 1997 pour avoir critiqué la ligne du parti communiste et réclamé des réformes démocratiques, il a passé presque cinq ans en prison. Libéré en juin 2002, peu avant la visite de Jimmy Carter sur l'île, il n'a pas baissé les bras et il est aujourd'hui coordinateur du mouvement illégal d'opposition Todos Unidos.

28 août 2008
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