La tentation du départ (extrait)
Combien sont ils à vouloir partir, à rêver d'un "ailleurs" si lointain et si proche ? C'est à dire au delà des 160 misérables kilomètres qui séparent les eaux territoriales cubaines des premiers "keys" américains de l'État de Floride.
En 1998 la loterie (baptisée "el bombo" par les Cubains de la rue) organisée par les services consulaires américains pour filtrer l'afflux de candidats désireux d'obtenir un des 20000 visas accordés chaque année, a enregistré 541 000 demandes. Pendant les deux semaines qui ont précédé la clôture des demandes (le 15 juillet) il était pratiquement impossible de se procurer une enveloppe à La Havane et les abords de la "représentation des intérêts américains" ont été pris d'assaut par des Cubains qui ont préféré déposer leur demande plutôt que de la confier au service très aléatoire de la poste.
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| En 1994, les "balseros sont plus de 35000 à se jeter à la mer pour tenter de rejondre rejoindre les Etats Unis |
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Beaucoup de Cubains renoncent pourtant à faire cette demande soit parce qu' ils sont en dehors de la tranche d'age autorisée par les États Unis (18-55 ans) soit parce qu'ils craignent d'être fichés par les autorités cubaines qui n'hésitent jamais à ouvrir les correspondances qui leur semblent intéressantes. Compte tenu de ces restrictions et du fait qu'il s'agit de visas familiaux qui permettent à trois à quatre personnes d'immigrer, le nombre des candidats au départ est au moins de 2 millions, soit plus de 20% de la tranche d'age concernée.
Depuis 1995, les relations migratoires entre Cuba et les USA sont régies par un accord signé à la suite de la crise des balseros. Les États Unis se sont engagé à mettre à disposition de Cuba un quota minimum de 20000 visas et à reconduire systématiquement chez eux tous les émigrés qui tenteraient de s'introduire clandestinement sur le territoire américain. Les gagnants tirés au sort doivent répondre à un questionnaire sur leur niveau d'instruction, leur expérience professionnelle et passent un entretien avec un officier de l'immigration américaine.
En 1998, 8700 visas ont été accordés par ce biais, avec la possibilité d'être rejoint par la proche famille, le reste correspondant à des visas de regroupement familial et de réfugiés politiques. Les pays européens n'accordent en principe pas de visas d'immigration définitive (sauf pour raisons politiques), mais le mariage avec un étranger est devenue une filière de sortie très prisée : en 1998 quelques 2000 Italiens, 1800 Espagnols, 800 Allemands et 200 Français ont officiellement succombés au charme cubain en contractant un mariage. Le consulat espagnol a refusé l'année dernière un mariage entre une Espagnole de 88 ans et un Cubain de 33 ans. Le prototype du mariage mixte présente plutôt les caractéristiques inverses : une Cubaine jeune, de préférence métissée et un étranger d'age mur bénéficiant d'une confortable situation. Pour l'année 1999, toutes les chancelleries font état de fortes augmentations de 20 à 30%.
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Image retransmise par les télévisions américaines du groupe de Cubains qui ont tenté de rallier la côte de Floride à bord d'une Buick 1959 transformée en bateau. Les onze clandestins ont été interceptés mardi par un navire de la garde-côte américaine.
© REUTERS. Image prise le 3 février 2004. |
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Quant aux responsables cubains ils affirment sans sourciller que tous les Cubains qui le désirent peuvent librement quitter Cuba à condition d'avoir obtenu des papiers en règle auprès du pays d'accueil. En vérité le gouvernement se livre à véritable racket sur les voyages à l'étranger : pour les sorties temporaires, tout cubain doit produire d'abord une "lettre d'invitation" (150 USD) émanant d'un hôte étranger. Le prix du visa de sortie (150 USD) et du passeport (50 USD) alourdit encore la facture. Les candidats au départ définitif doivent accomplir une série de formalités (visite médicale, visa spécial, etc...) dont le montant est payable en dollars uniquement et avoisine les 500 dollars, soit quatre à cinq années de travail pour un Cubain payé au salaire moyen (environ 10$ par mois), sans compter le billet d'avion qui doit être acheté au prix fort sur les lignes cubaines. Tout citoyen Cubain qui opte pour un départ définitif perd son logement et tout ses droits sociaux et doit demander un visa spécial pour revenir à Cuba pour des périodes de trois semaines au maximum.
Beaucoup n'ont pas la patience d'attendre le résultat d'une hypothétique loterie ou de subir les tracasseries et le bon vouloir des services de l'émigration cubaine: ils ont recours aux services de passeurs venus de Floride (souvent eux mêmes cubains) sur de puissants hors bords. Prix moyen d'un voyage illégal : de 5000 à 8000 dollars avec le risque toujours présent de ne jamais arriver. Les accidents, disparitions en mer ou règlement de compte avec des passeurs malhonnêtes sont fréquents. Le gouvernement cubain a annoncé en janvier 1999 que les passeurs capturés seraient désormais passible de la réclusion à perpétuité dans les prisons cubaines, mais la surveillance des garde cote semble s'être plutôt relâchée. Près de 2000 Cubains ont quitté l'île à bord de "lanchas" ultra rapide en 1998 vers la Floride et a peu près autant pendant le premier semestre 1999. Car depuis la mise en place des accords migratoires entre les États Unis et Cuba, il est devenu pratiquement impossible de tenter sa chance sur des embarcations de fortune : interceptés en mer par les gardes cotes américains les émigrés sans papiers sont désormais systématiquement refoulés vers Cuba. Par contre un Cubain qui touche terre aux États Unis sans se faire prendre peut demander légalement à rester. Pour les candidats malheureux la note peut être salée : une amende de 300 à 1000 pesos et de un à trois ans de prison.
D'autres ont moins de patience comme le lieutenant colonel José Leonardo Fernandez Pupo, 54 ans , qui détourne en 1996 un avion de ligne intérieur de Cubana de Aviacion vers la base américaine de Guantanamo. Suscitant la colère des autorités cubaines, Fernandez Pupo a été acquitté en 1997 par la justice américaine. Le tribunal l' a considéré comme réfugié politique car il prétendait diriger une organisation d'opposants militaires clandestine forte de 500 personnes. Sans le moindre commencement de preuve. Mais d'une façon générale, les réfugiés cubains autrefois facilement admis comme réfugiés politiques sont de plus en plus traités sur un pied d'égalité avec les autres immigrants.
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