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3.L'économie cubaine dans la tourmente (extrait)
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"Avant, le commerce extérieur c'était simple explique Ricardo Cabrisas, ministre cubain du commerce extérieur : une délégation se rendait à Moscou une fois par an et sur un papier on inscrivait d'un coté les produits allant de l'URSS vers Cuba et de l'autre les produits allant de Cuba vers l'URSS. Les prix étaient fixés après discussion entre les deux ministres concernés." Mais en 1990 avec l'effondrement du bloc socialiste tout change du jour au lendemain et Cuba encaisse le choc le plus rude de son histoire : la disparition du grand frère soviétique provoque une longue descente aux enfers, une période de restrictions sans précédent baptisée officiellement "période spéciale en temps de paix". Pendant quatre années de suite, le PIB diminue jusqu'à amputer la population cubaine de près de 40% de ses revenus en 1993.
Pour faire face à cette situation qui menace l'île d'implosion, le pouvoir entame une série de réformes qui bouleversent la société cubaine : légalisation du dollar, ouverture aux capitaux étrangers, développement rapide du tourisme, relance sectorielle de l'initiative privée. "Si auparavant le problème était la patrie ou la mort, maintenant nous devons être des soldats de l'économie". On ne saurait mieux résumer les nouvelles priorités du régime que Fidel Castro lui même en ouverture du IV ème congrès du Parti Communiste qui s'est tenu à l'automne 1997. Mais le peuple cubain n'y croit plus : au fil des années il s'est lassé des radotages et des imprécations de son "comandante" : le caudillo vieillissant a réagi trop peu et trop tard. Pris dans l'étau d'un socialisme hyper bureaucratisé et d'un environnement hostile pour cause d'embargo américain, Fidel a opté pour des solutions de libéralisation partielle adoptées sans véritable cohérence. Le réflexe de survie d'un pouvoir affaibli l'a emporté sur les réformes de fond et la timide reprise de l'économie n'a pas mis fin aux pénuries incessantes et au rationnement omniprésent. La propagande officielle cache de plus en plus mal les performances calamiteuses de l'économie cubaine alors que "le comandante" succombe depuis quelques années à une véritable fièvre d'affairisme. Pendant de temps les Cubains survivent grâce aux dollars des touristes et aux envois d'argent des familles de Miami.
Lire aussi Cuba : les galeriens de Castro, un article qui met en évidence le rôle des investisseurs étrangers dans la spoliation des travailleurs cubains. |
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Copyright © 1999 Olivier Languepin / Éditions Gallimard. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'auteur. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'auteur.
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le choc des années 90
L' année 1990 entame la décade des désillusions : la génération élevée à l'ombre des principes généreux de la révolution se rend compte subitement que le socialisme cubain ne doit sa modeste prospérité qu'aux subsides de l'Union Soviétique.
Le choc est d'autant plus rude qu'il frappe une économie déjà affaiblie par plusieurs décennies d'hésitations, d'atermoiements et de retour en arrière dictés par les tournants idéologiques du parti.
En 1989, à la veille de la plus grave crise que devra affronter le régime socialiste, on estime que Cuba reçoit une aide de l'Union Soviétique et des pays de l'Est équivalente à 30% de son PIB, soit environ 5 milliards de dollars par an grâce à des prêts non remboursable et des accords de troc (pétrole contre sucre notamment) très avantageux. 72% du commerce extérieur de Cuba s'effectue avec l'URSS et 90% avec les pays du Comecon dont Cuba fait partie..../....
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l'ouverture vers l'étranger et la croissance du tourisme
"Le 31 décembre 1991, du jour au lendemain nous sommes passés du communisme à l'économie de marché en ce que qui concerne notre commerce extérieur. Aujourd'hui nous devons admettre ce que nous avons nié pendant longtemps : il faut être compétitif pour s'intégrer au marché international et il n'y a pas d'autre choix pour survivre." résume Marcos Portal, ministre de l'industrie en visite à Paris.
Ou trouver 1 milliard de dollars ? C'est la question que se posent pendant cette année 1990 l'état major du bureau politique autour des frères Castro et son nouveau vice président du Conseil, le jeune Carlos Lage qui deviendra le personnage clé de la nouvelle génération des quadras du PCC.
Le virage le plus spectaculaire a lieu dans le domaine du tourisme : longtemps qualifié de néfaste par Fidel Castro qui l'assimile à une forme d'impérialisme, le tourisme devient subitement la principale priorité économique du gouvernement.../...
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Les investissements étrangers
Toutes ces réformes n'auraient sans doute pas été possibles sans le recours, désormais fortement encouragé, aux investissements étrangers. La première tentative d'ouverture vers le capital étranger date de 1982 : un décret loi autorise alors les entreprises étrangères à s'installer à Cuba, mais à condition de s'associer avec un partenaire cubain qui conservera toujours au minimum 51% du capital.
La nouvelle loi de 1995 sur les investissements étrangers lève la plupart des restrictions d'ordre juridique puisqu'elle autorise l'implantation d'entreprises au capital 100% étranger. Ne sont exclus du champ d application de cette loi que trois secteurs: l'éducation, la santé et la défense.../...
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les réformes économiques.
Vues de l'extérieur, les réformes économiques adoptées à Cuba apparaissent toujours insuffisantes ou symboliques. L'ouverture «à la chinoise» de l'économie cubaine n'a pas eu lieu et l'État conserve son monopole absolu sur les entreprises, en dehors des associations avec le capital étranger. Les Cubains n'ont toujours pas le droit de créer d'entreprises, aussi petites soit elle, ou d'employer légalement du personnel, en dehors du cas très spécifique des restaurants familiaux.../... |
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La course au dollar
La mesure la plus spectaculaire adoptée par le gouvernement est sans doute la légalisation du dollar en juillet 93. Elle ne faisait pourtant que constater une situation de fait : la détention extrêmement répandue de la devise américaine en dépit de son interdiction. Cette mesure avant tout pragmatique visait surtout à blanchir une partie du marché noir en autorisant les Cubains à se rendre dans les boutiques en devises. Elle a contribué à une baisse importante du dollar qui s'est stabilisé autour de 25 pesos (cours moyen en 2004).../...
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11 millions de voleurs ?
Car dans le secteur étatique le salaire est davantage perçu comme une sorte d'argent de poche que comme la contrepartie d'un travail au demeurant en général peu contraignant. L'encadrement a du mal à se montrer exigeant avec des salaires en majorité compris entre 200 et 250 pesos mensuels, soit 10 à 12 dollars.
L'absentéisme et le vol de marchandises restent le problème numéro un des entreprises étatiques qui vivotent au rythme des pénuries, des transports inexistants et des difficultés d'approvisionnement. D'ailleurs à Cuba on n'emploie jamais le verbe voler lorsqu'il s'agit de voler l'État.../...
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L'embargo handicap et alibi
"Injuste et moralement inacceptable" : c'est ainsi que le Pape Jean Paul II a qualifié l'embargo américain, en vigueur depuis 37 ans, lors de sa visite à Cuba en janvier 98. C'est peu dire que cette condamnation était attendue, tant le régime Cubain a fait de l'embargo américain (qualifié un peu excessivement à Cuba de "bloqueo" ou blocus) le leitmotiv de sa propagande.../...
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Une économie rebelle à toute approche statistique ?
Pas facile de se faire une idée de la réalité des indicateurs économiques à Cuba. La première difficulté consiste d'abord à se procurer les informations : le dernier rapport annuel de la Banco Nacional de Cuba a disparu de la circulation, et il en va de même pour la documentation de la BNC ou celle du ministère des finances. Ensuite des données aussi simples que le PIB ou le PIB par habitant n'ont guère de signification si l'on ne tient pas compte de la double comptabilité (dollars/ pesos) utilisée par le gouvernement cubain..../...
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